4Chan, le 9-3 du Net ?

Posté par Christophe Deshayes le 29 juil 2010 dans A la une, BONUS et ActualitésPas de commentaires

Le blog Owni propose une traduction d’un post rédigé par la sociologue Danah Boyd et titré  » ‘for the lulz’: how 4chan is hacking the attention economy » dans lequel cette dernière prend nettement position vis-à-vis du mouvement 4Chan. Rappelons que 4Chan est un forum de discussion (BBS) très controversé car il refuse toute limite, toute règle, toute charte de modération : le site se présente ainsi comme un forum de discussion (axé sur le partage d’images) sur lequel tout est permis ; il ne requiert aucun système d’inscription et l’anonymat est de mise, ce qui laisse la porte ouverte à toutes les dérives. Cela est particulièrement marquant dans la section la plus médiatique surnommée Random, où les internautes n’hésitent pas à propulser des contenus glauques, violents, porno, pédophiles, zoophiles et/ou xénophobes. Avec ses 300 millions de pages vues par mois, ses 250 millions de messages publiés et ses 30 000 membres déclarés, 4Chan est un acteur incontournable de la culture underground Online.
Danah Boyd s’interroge : l’anonymat est un sujet complexe qui ne peut pas être réduit à une question de responsabilité ou à celle de savoir si le commentateur anonyme est brillant ou malfaisant. Pour elle, 4Chan est la nouvelle génération de la culture hacker. Et que c’est en tant que tel qu’il devrait être apprécié ou vilipendé. « Les 4Chan sont des hackers de l’attention; ils montrent à quel point les flux d’information sont manipulables ». Quelques lignes plus loin, elle conclut : « je veux rire de la stupidité de certains et trouver de l’humour dans leurs bouffonneries, tout en refusant certains actes ».

4chan est un site qui sort progressivement de l’ombre : son dirigeant dit « Moot », référencé par le Time, intervient aux fameuses conférences TED… journalistes et universitaires se bousculent pour étudier et analyser le phénomène.
Comme le prétend Danah Boyd, le succès de 4chan doit se comprendre comme un phénomène culturel (mais le concept de hacking de l’attention reste un peu fumeux pour nous). Plus exactement, il s’agit d’un processus créatif alternatif qui matérialise le commencement d’un phénomène de « banlieue numérique ». La banlieue, un lieu de relégation sociale économique et culturelle qui génère un mouvement d’opposition à la norme, à la culture dominante. La banlieue devient le creuset de la contreculture, une culture qui s’oppose à une culture dominante dont sont exclus les « banlieusards ». Cette opposition devient le ciment d’un bouillonnement créatif qui casse les codes, les récupère en les associant autrement. Un acte par nature coopératif, communautaire et souvent rebelle qui s’articule naturellement autour de contributions signées par des pseudos. Ces pseudos protègent un peu les auteurs certes, mais ils sont très différents de l’anonymat car ils développent, dans certains cas, une puissance évocatrice et émotionnelle aussi forte qu’une marque. C’est alors le début d’une monétisation, qui enclenche un phénomène de recyclage dans la société « normale » : une récupération qu’on dit d’ailleurs inévitable.
Bref, 4Chan n’est pas un phénomène anecdotique. Il est bien plus intéressant, utile et constructif que ne l’affirment certains, même s’il donne lieu à des débordements aussi regrettables qu’inévitables. Ces phénomènes de banlieue se développeront d’autant plus rapidement que pouvoirs politique, économique et culturel essaieront de mettre la main sur le Net.

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