Honneur contre infamie, le rôle des profs fait question sur le Net !

Posté par Christophe Deshayes le 1 juin 2010 dans BONUS et Actualités, Education10 commentaires
« Les enseignants connaîtraient les clés de la réussite mais les garderaient pour leurs enfants›› , voilà le scandale que Slate.fr se propose de dénoncer. Une offense faite à tous les professeurs qui s’investissent au quotidien, au-delà des heures de cours, grâce notamment aux technologies numériques et poursuivent ainsi leur mission d’éducation hors de leur présence dans une salle de classe. La dernière édition d’InterTICE à la Défense début mai était à cet égard particulièrement démonstrative.
Comment certaines « élites parisiennes » peuvent-elles à ce point faire injure à toutes ces initiatives de terrain qui commencent à faire boule de neige ? S’il y a un mal français à dénoncer, c’est bien celui-là !

Certains prônent le tout numérique à l’école et proposent même de supprimer tout simplement les cours magistraux au profit d’échanges interactifs. L’un des derniers papiers de cette lignée est signé Jean Salmona dans le premier numéro de  ParisTech Review. D’autres, en revanche, veulent carrément bannir les outils numériques des établissements scolaires et des universités, notamment aux Etats-Unis (sic) ? Un mouvement qui s’amplifie avec un soutien inattendu du Président Obama, pourtant élu grâce aux réseaux sociaux, mais qui semble considérer désormais que ces outils sont trop distrayants et constituent à l’extrême une menace pour la démocratie (re-sic).

Olivier Ertzscheid ou le billet de l’honneur

Loin de ces guerres de tranchées et des polémiques, un enseignant, Olivier Ertzscheid, apporte sur son blog un témoignage concret, personnel et particulièrement éclairant sur la façon dont il enseigne à l’heure du numérique. Il prolonge en effet ses cours par une présence sur les réseaux sociaux, blogs ou micro-blogs. Cet enseignant raconte pourquoi il a fait le choix d’être « l’ami » sur Facebook de quelque 250 étudiants. Son objectif : utiliser ce média pour signaler des sources intéressantes à ses élèves, répondre à leurs questions, leur faire prendre conscience « en direct » de l’importance de maîtriser leur intimité numérique ou, dans un autre registre, gérer l’annuaire des anciens. Les résultats de sa démarche sont, selon lui, plus que positifs : les étudiants étant quasiment tout le temps sur Facebook (y compris pendant les cours), ils s’y montrent plus ouverts et même plus réceptifs que dans l’espace-temps d’un cours ; c’est sur le réseau social qu’ils viennent poser des questions … Présence en cours/ présence en ligne prennent une nouvelle dimension (l’enseignant parle d’une nouvelle frontière entre l’aléatoire et l’obligatoire). Ertzcheid est convaincu que sa place est également là aussi, dans ce nouvel espace où il garantit une parole, une autorité. Plus globalement, il y voit un bouleversement dans la transmission des savoirs, un déplacement dans la médiation. Le portrait type de l’enseignant efficace est de ce fait remodelé : « il sera un acteur, agissant et réagissant, s’efforçant toujours de garder ou de prendre l’initiative de la médiation ». La transmission en ligne (qui passe par des interactions vivantes) est aujourd’hui complémentaire de la médiation physique. On notera que NKM, notre secrétaire d’Etat à l’économie numérique a signalé ce post en parlant « d’un intéressant retour d’expérience d’un enseignant qui utilise Facebook comme « estrade virtuelle » avec ses étudiants.

Les révolutionnaires du numérique à l’école et l’idéologie du retard

Cette expérience n’a rien d’exceptionnelle même si le retour qu’en fait Ertzscheid est passionnant car plongé dans l’action concrète. Ils sont en fait plusieurs milliers en France, ces enseignants anonymes qui sans rien dire à personne se saisissent du numérique pour prolonger le lien avec les élèves en dehors des heures de cours ou tout simplement pour enseigner autrement. Evidemment, à côté du million d’enseignants que compte l’Education Nationale, on peut considérer qu’il s’agit là d’une quantité négligeable, voire de l’exception qui confirme la règle. Serait-on en retard ? Comme on le sait, un discours lancinant propagé par des vendeurs de technologies numériques et repris par certaines élites égraine depuis plusieurs années les couplets et les refrains de l’éternelle rengaine sur la théorie du retard. La France serait en retard sur les pays anglo-saxons. Pour preuve le nombre de tableaux blancs interactifs installés…

Mais les derniers pourraient devenir les premiers. C’est déjà arrivé !

On connaît cette idéologie élaborée davantage pour convaincre de dépenser massivement des budgets publics dans du matériel et des contenus « modernes », que pour améliorer l’enseignement. Les études comparatives trop souvent citées montrent de réels écarts d’investissement en matériel et contenu, pas en matière de résultats (par définition plus difficiles à démonter). Ceux qui ont un peu de mémoire se souviendront que la même idéologie nous avait prédit le pire à la fin des années 90, compte tenu de notre retard de l’époque en équipement Internet. Et puis, miraculeusement, avec l’arrivée de vraies offres de connexion haut débit et surtout permanente (ADSL), les Français ont rattrapé leur retard d’équipements et d’usages à une vitesse vertigineuse. La France a d’ailleurs occupé plusieurs années de suite les premières places des classements pour sa vitesse à s’équiper.

Ces milliers d’enseignants dévoués et volontiers pionniers du numérique sont-ils l’exception qui confirme la règle (liée à la théorie du retard) ou constituent-ils au contraire la joyeuse cohorte des éclaireurs d’un mouvement qui ne demande qu’à prendre de l’ampleur et à hisser la France au niveau des meilleurs, et ce à moindre frais. La dernière édition d’InterTICE, le carrefour des usages pédagogiques du numérique qui s’est tenu au Cnit à la défense, début mai, a fini de nous convaincre de l’ineptie de la théorie du retard. Des enseignants en chair et en os se sont succédés pour expliquer à leurs collègues présents, leurs retours d’expérience : sur l’utilisation de Twitter en classe, sur l’utilisation de Google Wave avec les élèves, sur la fabrication d’un podcast, d’une enquête sur le web… Des initiatives, certes individuelles, mais si nombreuses et issues de toutes les régions que la théorie de l’exception qui confirme la règle ne tient pas.

Des milliers d’enseignants motivés, et encouragés par leurs premiers résultats, sont en train de convaincre une bonne partie de leurs collègues d’y aller. L’enthousiasme des élèves devrait faire le reste. La probabilité que la France rattrape son supposé « retard numérique » est une hypothèse d’autant plus crédible que les Anglais , pour ne citer qu’eux, devraient connaître quelques difficultés, en ces temps de compression budgétaire, à maintenir des investissements considérables auxquels aucune étude sérieuse n’apporte le crédit d’avoir profondément changer l’enseignement.

Slate.fr ou le billet de l’infamie

C’est dans ce contexte qu’intervient le vrai mal français. Lequel ? Cette faculté que possède une certaine élite parisienne de se moquer à travers les âges du système éducatif français et de le tourner en ridicule. L’attaque est récurrente et elle ne mérite vraiment pas d’être relevée sauf lorsqu’elle dépasse les bornes et qu’elle sape les meilleures bonnes volontés. C’est le cas d’un récent billet du site Slate.fr bizarrement intitulé « le scandale de la génération X ». En fait de billet, il s’agit ni plus ni moins que d’une attaque au vitriol du corps enseignant français dont les propos frôlent l’incitation à la haine d’un groupe social nommément désigné et montré à la vindicte populaire. Morceaux choisis : « L’Education nationale française, celle de l’égalité républicaine, la sélection par le mérite, est devenue pire que la Chine: elle ne sert plus qu’à promouvoir les fils du Parti, le parti scolaire (…/…) L’Etat providence doit faire cent fois mieux avec deux fois moins. Le premier et le plus important secteur à rebâtir est le système scolaire, qui peu à peu s’est mis à ne bien travailler que pour lui-même ».

Motif de l’ire, une statistique : 50 % des élèves de l’école polytechnique auraient au moins un de leurs deux parents qui serait enseignant, ce qui démontrerait à en croire le billet que les enseignants savent produire de la qualité mais la réserve à leurs enfants (CQFD). Quand on sait que l’auteur du billet  est diplômé en statistiques, on ne peut plus prétexter l’ignorance pour excuser de tels propos. Il s’agit plutôt d’une haine viscérale, exécutoire d’une souffrance probablement profonde dont les causes mériteraient d’être apaisées… mais lui seul en détient les clés. Au-delà de ce terrible billet, quel dommage que certaines élites parisiennes passent leur temps et leur talent à démolir l’œuvre de ces enseignants qui, tels des Sisyphe modernes, roulent leur pierre avec les élèves enthousiastes qui les accompagnent en attendant que la malédiction ne la ramène inexorablement vers la vallée. La France a toutes les chances de se saisir intelligemment du numérique et de rattraper son éventuel retard, à condition qu’on protège ses enseignants entreprenants (ils sont nombreux) du mal français toujours présent.

Les vrais terrains innovants ne sont pas ceux auxquels on pense !

On évoque la notion de retard dans le secteur de l’enseignement… Mais que se passe-t-il dans d’autres secteurs supposés plus en avance ? Qu’en est-il dans la France de l’efficacité chère à l’auteur du billet, je veux parler des entreprises ? Il est tout de même surprenant que les tableaux blancs interactifs y soient si peu installés et utilisés alors que les formations et les réunions y sont légion, qu’à notre connaissance la formation aux usages de Twitter comme outil de travail soit quasiment inexistante. Nous ne parlerons pas de ces intranets qui regorgent de textes que personne ne lit, pas plus que du pourcentage « epsilonesque » de contenus audiovisuels disponibles pourtant plébiscités par les internautes. Dans le système scolaire français, les web TV ne se comptent plus et la production audiovisuelle y est monnaie courante. C’est l’inverse dans les entreprises. Arrêtons cette énumération, la France en retard contre la France qui avance est une sécrétion purulente du mal français, celui qui empêche cette nation qui sait être si brillante lorsqu’elle se surpasse et tellement médiocre lorsqu’elle se déchire. Un pas supplémentaire a été franchi cette fois avec cet article de Slate.fr, la France du supposé retard  le ferait exprès ! Comme méthode d’incitation au changement, on peut difficilement faire pire. Ayant touché le fond, il ne reste plus qu’à rebondir. Allez enseignants de France, continuez à vous investir auprès de vos élèves notamment en profitant des technologies qui reconfigurent l’espace-temps et faites mentir l’auteur de ce billet…

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  1. [...] This post was mentioned on Twitter by Enseignelibre, chris DESHAYES and Via Entreprise, Camille A. Camille A said: Le rôle des profs fait question sur le Net http://bit.ly/cSlm1G [...]

  2. Quand Slate dérape ?…

  3. J’ai du mal à saisir en quoi l’article de slate.fr est infamant… Je sais bien que l’on peut faire dire ce que l’on veut aux statistiques, mais s’il est exact que 50% des X ont au moins un des 2 parents enseignant, alors il y a ‘probablement’ (ROL) plus qu’une simple distorsion statistique… Et si cela en était une, alors il serait plus intelligent de le démontrer plutôt que de pleurnicher et de faire passer l’auteur pour un malade victime d’une « souffrance probablement profonde dont les causes mériteraient d’être apaisées… » Cette critique de la critique sent bon le stalinisme bon teint qui, dans sa fleur de l’âge, traitait ses opposants comme des malades mentaux. A vouloir faire passer le critique des cadres de l’institution scolaire pour un malade, l’auteur n’apporte-t-il pas un élément à charge de plus contre l’institution qu’il prétend défendre?

    Les études de l’OCDE montrent que le système éducatif français est à la fois de qualité moyen, très hétérogène et plutôt inégalitaire —l’origine sociale des parents serait un des principaux indicateurs de la réussite scolaire, et notre système augmenterait au lieu de les réduire les inégalités sociales (contrairement à des pays comme la Finlande).

    Voici le lien vers la présentation donnée dans une conférence organisée par le ministère flamand de l’éducation pour Andreas Schleicher, qui est le chef de la section indicateurs et analyses de l’OCDE :

    http://www.nml-conference.be/wp-content/uploads/2009/09/Andreas-Schleicher.pdf et

    http://www.slideshare.net/internationaled/seeing-education-through-the-prism-of-international-comparisons-new-skills-for-a-global-innovation-society

    en particulier le transparent n°27, qui place la France vis à vis des performances scientifiques dans le quadrant « low average performance, large socio-economic disparities »

    Lorsque j’ai demandé à Andreas Schleicher comment les autorités françaises réagissaient à ces informations, il m’a répondu en substance : les dirigeants politiques ont conscience de la réalité, les administrations ne veulent pas vraiment savoir…

  4. Dire que les enseignants connaissent les clés de la réussite, mais qu’ils les réservent au seul bénéfice de leurs enfants est effectivement infamant pour tous les enseignants dont l’engagement est indiscutable et qui accompagnent par exemple leurs élèves au-delà des heures de cours et des lieux de cours. Cela ressort même de l’insulte et de l’appel à la haine envers un groupe social désigné ainsi à la vindicte populaire. C’est tout simplement honteux d’agir ainsi. Taper ainsi sur une corporation dans son ensemble est stupide et inefficace. Lorsque de tels propos sont proférés par des élites qui connaissent ou devraient connaître les ressorts de l’âme humaine, je pense qu’il y a soit une volonté, soit une vieille frustration mal soignée. De là à faire de moi un stalinien…
    Enfin je ne vois pas le caractère pleurnichard de mes propos. Je ne suis pas concerné par les corporations en question. Je suis juste ulcéré par de tels propos de la part d’une revue qui prétend penser.
    Quand à la démonstration « statistique »… je ne préfère pas argumenter car là ce pourrait devenir embarrassant pour l’auteur diplômé et donc compétent en statistiques. Le problème est ailleurs… dans ce qu’il veut démontrer sous tous les prétextes.
    Quant aux slides de M. Andreas Schleicher, il ne donnent pas raison du tout à l’article de Slate. Où est-il dit que les profs français connaissent les clés de la réussite mais les réservent à leurs enfants. Que le système scolaire français soit en perte de vitesse c’est possible, que ce soit dû aux profs cela reste à démontrer. Que la réussite soit socialement biaisé en France tout le monde peut le constater. Contrairement à ce que prétend l’article, cela ne veut pas dire que seuls les fils de profs réussissent. A cet égard, les statistiques d’autres écoles de premier rang (Sciences Po, HEC, ENA…) seraient intéressantes mais moins démonstratives pour le propos de Slate.fr.

  5. « Quand à la démonstration « statistique »… je ne préfère pas argumenter car là ce pourrait devenir embarrassant pour l’auteur diplômé et donc compétent en statistiques » est un argument tout à fait médiocre et une insulte à l’intelligence du lecteur. Ainsi l’auteur de ces propos refuserait de répondre à l’argument statistique pour éviter « d’embarrasser » son contradicteur.

    Votre argumentation est l’archétype des systèmes de pensée totalitaires: vous prenez un prétexte futile et non pertinent pour faire l’économie d’une contre-démonstration (ne pas embarrasser) puis vous affirmez sans le moindre risque d’être démenti que seule la maladie mentale peut expliquer de tels arguments… Traiter quelqu’un de malade est en effet bien plus facile, et il se trouvera toujours un public nourri à la psychologie de bazar pour approuver votre pseudo-demonstration -et comme peu ont le goût des statistiques (moi y compris) ils vous remercieront de leur avoir évité l’effort intellectuel de comprendre où se situe l’erreur pour se laisser aller à la paresse émotionnelle (sans moi cette fois ci) des défenseurs de la forteresse assiégée.

    S’il a commis une erreur, faites en la démonstration : s’il est honnête intellectuellement, il y répondra, voire l’approuvera, s’il ne l’est pas, les lecteurs seront votre juge, et surtout le sien.

    Par ailleurs je n’ai jamais prétendu que les statistiques de l’OCDE appuient directement les propos de slate.fr, mais simplement qu’en France, plus que dans de nombreux pays démocratiques, l’origine sociale est un critère clé de la réussite. Que dans un cadre d’exacerbation des différenciations sociales, les enfants d’enseignants réussissent statistiquement mieux que les autres n’aurait rien de surprenant. Mais comme j’ai une méfiance innée des évidences, et je sais par expérience que la réalité est souvent contre-intuitive, je serais très heureux de lire une étude qui me démontrerait le contraire. Celles que je peux lire pour le moment vont malheureusement dans le même sens: celui de l’augmentation de l’échec scolaire et de l’extension du temps pendant lequel les élèves se vivent en situation d’échec permanent, souvent sur plusieurs années! Je serais étonné que ce soit le cas des enfants d’enseignants, mais je suis par nature ouvert à la surprise.

  6. Si vous lisez le très bon livre de John Hattie « Visible Learning: A synthesis of over 800 meta-analyses relating to achievement », un des facteurs qu’il avance sur l’augmentation de l’échec scolaire (il y en a plusieurs, je n’en choisi qu’un) est celui du langage utilisé dans le monde de l’éducation ( »language of schooling » que l’on pourrait traduire par « grammaire de l’école ») dont les non-professionnels de l’école, à commencer par les parents se trouveraient toujours plus exclus. Et contrairement à l’intuition, ce « language of schooling » a un effet beaucoup plus dévastateur sur l’échec que le fait d’avoir des parents immigrés ou divorcés (d’après les méta-études publiées, ces deux derniers facteurs auraient des effets faiblement perceptibles).

    A partir de ce facteur, la « grammaire de l’école », qui est un produit du corps enseignant, il ne semble pas idiot d’émettre l’hypothèse que dans un système de différenciation sociale exacerbée, les enfants d’enseignants devraient bénéficier d’un « avantage concurrentiel » sur les autres enfants. Que leurs parents le souhaitent consciemment ou pas. Ce n’est qu’une hypothèse pour tenter d’expliquer les chiffres à l’origine de la polémique, sans avoir à accuser les enseignants d’être des calculateurs cyniques favorisant leurs propres enfants.

  7. Je vois que vous avez les explications du « problème ». Je ne doute pas que vous ayez les « solutions ».
    Mais de grâce ne vous joignez pas au procédé utilisé par Slate : un fait statistique unitaire sciemment isolé pour tirer une conclusion particulièrement contestable (mélange entre corrélation et cause), puis par un amalgame honteux faire de l’ensemble d’une profession des traites à leur mission pour ne pas dire à la patrie…
    N’enfourchez pas ce cheval là, quelles que soient les solutions que vous souhaitez promouvoir et qui sont nécessairement, comme les autres, les bien venues sur un sujet aussi important où le débat de société est nécessaire, pas l’insulte.

  8. 1- Prendre une statistique sur une seule école (en l’occurrence polytechnique) est un procédé pour le moins discutable surtout si les statistiques des autres écoles de premier rang (HEC, IEP… mais aussi l’ENA…) sont beaucoup moins favorables à la démonstration. On y retrouvera certes un problème de consanguinité sociale (sans aucun doute) mais pas la sur-représentation des fils d’enseignants (au cœur de la démonstration)
    2- Le million d’enseignants représente parmi les classes dites aisées, le plus gros bataillon. Ce sont en général des gens qui croient plus que n’importe quel autre groupe social (peut-être même trop) que l’école et les diplômes sont la meilleure clé pour entrer dans la société. A ce titre, ils font plus que n’importe quel groupe social, un effort d’accompagnement que les autres parents font effectivement moins. Est-ce la faute des enseignants si l’effort fait par les autres parents est en baisse et que la recherche de « l’excellence » y est moins promue qu’avant ? Bref, c’est un classique effet de pyramide et de motivation relative dont la cause est largement à rechercher dans les représentations sociales actuellement valorisées. Corrélation et cause sont deux choses différentes.
    3- Et si la faute reposait également sur l’épreuve d’admission de polytechnique qui pourrait par exemple ne plus être tendue vers la recherche du pur esprit mathématique (comme on le trouve à normal sup) mais vers un travail de fond davantage propice à favoriser les fils d’enseignants. Ce n’est qu’une hypothèse bien sûr mais il est troublant que dans les autres écoles, où les maths sont un peu moins présentes, les statistiques soient moins favorables à la démonstration de Slate. Dans cette hypothèse les enseignants seraient blanchis de l’accusation de traitrise à leur mission.
    Bref ces quelques hypothèses (parmi d’autres) montrent que la démonstration de Slate n’en n’est pas une. L’auteur étant statisticien donc bien placé pour savoir que sa démonstration n’en n’est pas une utilise un procédé pseudo scientifique pour désigné un groupe social dans sa totalité comme traite à sa mission de service public… Vous cherchez sérieusement à dénoncer les procédés des systèmes totalitaires, il me semble que vous en avez un sous les yeux.

  9. Les sciences qui ont les hommes pour objet d’études sont souvent sujettes à de nombreuses interprétations,ce qui est le cas des statistiques. Aujourd’hui, on se rend à l’évidence que les familles qui réussissent le mieux respectent un certain nombre de normes et de critères. Il faut comprendre que le capitalisme l’exige et qu’il y a de bons procédés qui échappent complètement à la majorité de la population. Il suffit de voir ce qui se passe dans les entreprises du cac pour le savoir. Des statistiques prennent en compte une petite partie de la population,et que ces échantillons ne représentent pas la totalité du corps social. En agissant de la sorte,on se prive d’un nombre important de citoyens capables de progresser et de faire de hautes études. On assiste dès lors à une reproduction de l’élite qui gravite autour des mêmes familles,ce qui,en démocratie,obère énormément l’avenir de beaucoup de personnes. Pendant ce temps,dans les pays émergeants,un travail acharné est effectué pour rattraper le retard accumulé.

  10. Les grandes écoles sont réservées à un petit nombre de personnes qui ont trouvé là une voie royale pour préparer l’avenir de leur progéniture. Mais a-t-on besoin de statistiques pour le comprendre? Ce n’est pas nécessaire parce que les grandes entreprises et les grandes fortunes sont aux mains de quelques personnes. ON ne peut pas critiquer le népotisme si cela n’a aucune incidence sur les décisions qui impactent la vie de la majorité. A l’évidence c’est ce qu’on constate tous les jours,au point que l’éducation nationale est devenue une sorte de nid à cancres,en dépit des moyens financiers que les gouvernements successifs lui consacrent. On peut aussi faire dire aux statistiques ce qu’on veut sans que cela ne change le cours de la vie des citoyens français. Chacun tente donc de se former comme il peut,et ce n’est pas ce qui va faire baisser le chômage de masse que connaît la France.

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