LE TELETRAVAIL ne se laisse pas domestiquer

Posté par Christophe Deshayes le 17 fév 2010 dans BONUS et Actualités3 commentaires

Dans l’édition du 18 décembre 2009 du Washington Post, la journaliste Petula Dvorak raconte son expérience temporaire de télétravail (le temps que la salle de rédaction soit intégralement rénovée). Un article écrit dans un style américain inimitable. En effet, la journaliste raconte sa vie en parlant à la première personne du singulier et mêle à son récit quelques études scientifiques afin d’en tirer, au minimum, une tranche de vie d’une portée un peu générale, au mieux une analyse sociologique du télétravail. Si les trois points mis en exergue ne sont pas réellement nouveaux, ils ont l’avantage d’être plutôt « bien amenés ». En un mot, on plonge dans la dure réalité du télétravailleur.
1- Plus un télétravailleur travaille à domicile, plus les attentes familiales de ses proches augmentent. En clair, si le travailleur de bureau voit sa famille réfléchir à deux fois avant de le perturber sur le lieu de travail à propos de sujets non professionnels, la même personne se verra dérangée sans retenue si elle se trouve à la maison. D’après une étude d’un professeur de la business school de l’Université du Connecticut, cette aisance à perturber le télétravailleur est d’autant plus grande que le télétravailleur se trouve souvent à domicile.
2- Pour lutter contre les attentes familiales envahissantes, les télétravailleurs ne semblent pas avoir d’autre choix que de partir de la maison pour se « réfugier » dans des lieux publics accueillants, équipés de wifi tels certains bars. Le phénomène semble avoir pris une telle importance à la faveur de la crise, qu’on peut véritablement parler d’embouteillage à certaines heures. En effet, les chômeurs qui cherchent activement du travail ou surtout qui tentent de créer leur propre emploi pratiquent également le « travail » hors de chez eux.
La pratique du travail dans ces conditions se réalise sans créer de lien social, ce qui visiblement finit par peser sur les travailleurs concernés. Les quelques informations privées échangées à distance avec les collègues n’étant en rien comparables aux échanges et confidences qui ont lieu sur le lieu de travail (au bureau ou à la cafétéria).

Cet article montre que le télétravail qui signifie travail à distance ne veut pas dire pour autant travail à domicile, surtout si on tient à la productivité des salariés. Le domicile s’avèrerait au final un mauvais lieu de travail. Les autres lieux de télétravail sont souvent improvisés et guère mieux adaptés. La dernière impertinence consiste en fin de comptes à dire que le travail est une activité au moins autant sociale qu’économique. Lorsqu’on coupe le lien social, ne perd-on pas ce qui fait l’essence du travail ?
Un article à méditer à l’heure où la grippe H1N1 a remis le télétravail sur le devant de la scène. Après des décennies d’errance, il serait peut-être temps voire utile d’analyser sérieusement la question du travail hors des lieux de travail ?

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3 commentaires

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  1. Dans la pratique, le télétravail n’est pas tellement un travail à la maison, mais plutôt un travail nomade: un jour à la maison, le lendemain dans un aéroport ou un café entre 2 rendez-vous, et sur le Blackberry (ou l’iPhone) entre 2 portes… et heureusement au bureau de temps en temps pour ces inestimables réunions marathons et discussions caméra-café!

  2. On l’a dit, écrit et expérimenté depuis longtemps, seul le télétravail pendulaire a du sens, avec un retour dans la « société » (entreprise, filiale, client..) un jour par semaine en moyenne. Consulté récemment par une grande entreprise du climat social de laquelle on a beaucoup parlé ces derniers mois, pour concevoir et animer des sessions de formation à distance de ses télétravailleurs, je me suis entendu dire, suite au pilote réalisé dans des conditions techniques ubuesques, que les questions que je proposais de développer étaient déjà connues (comment gérer ses proches, entre autres, mais aussi son temps, son espace, ses relations à distance et lors du passage au siège). Finalement, la RH supposait que si les télétravailleurs étaient en télétravail, c’est qu’ils disposaient de tous les fondamentaux pour le faire. En fait, j’ai compris que la mise en place de cette formation visait à satisfaire l’une des clauses de l’accord signé avec les partenaires sociaux qui la prévoyait ! Quant à en faire la promotion et inciter les personnes concernées à la suivre, la RH ne semblait pas très empressée… Il faut dire que l’intranet de cette grande entreprise n’a ni forums, ni hubs, ni plateforme collaborative ! On croit rêver ! Non, non, je ne donnerai pas de nom !

  3. D’où effectivement l’utilité de créer des outils à disposition des télétravailleurs leur permettant de recréer du travail collaboratif et du lien d’équipe. C’est le télétravail 2.0 …

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