Le web : prison ou cocon ?

Posté par Christophe Deshayes le 14 jan 2011 dans BONUS et Actualités, Non classéPas de commentaires

Pourquoi sur le web, si vaste (« une immensité par définition non-traversable puisque impossible à cartographier parce qu’en perpétuel mouvement »), a-t-on ce sentiment de proximité, de confort de navigation, de communauté, s’interroge Olivier Ertzscheid, maître de conférences en sciences de l’information, Université de Nantes, dans une tribune publiée sur le site lemonde.fr le 30 novembre 2010.
En reprenant la théorie de Laszlo Barabasi sur le diamètre du web définie comme la plus longue distance entre deux liens hypertextes, Ertzscheid rappelle que ce diamètre était de… 19 liens en 1999. Une proximité toute relative car la probabilité qu’un utilisateur atteigne une information entre le point de départ et le 19e lien demeure quasi-nulle du fait du nombre de liens possibles à chaque itération.
La théorie des graphes tente, elle aussi, de mesurer le web et de démontrer une certaine petitesse de cet univers. Qu’en est-il si on l’applique aux réseaux sociaux ?
Pour Ertzscheid, on sent bien que Facebook et autres Youtube fonctionnent sur un mode carcéral qui réduit le graphe : homogénéité des ressources qu’ils proposent, parcours extrêmement balisés et pré-déterminés qu’ils propagent et auto-alimentent. Ainsi pour lui « l’approche fermée, propriétaire, compartimentée, concurrentielle, épuisable de l’économie du lien hypertexte ne peut mener qu’à des systèmes de nature concentrationnaire. Des systèmes de l’enfermement consenti, en parfaite contradiction avec la vision des pères fondateurs du web pour qui le parcours, le « chemin », importe au moins autant que le lien ». Bref, des intérêts marchands – auxquels fait écho un certain discours politique – auraient empoisonné le web, une autre manière de revenir sur la polémique de l’été 2010 lancée par Wired et son charismatique rédacteur en chef, Chris Anderson : le web est mort, long vie à Internet.

Un billet posté le 18 décembre 2010 par Yan Leroux sur le blog Psy et Geek nous emmène dans une autre direction pour expliquer le succès de ces espaces effectivement fermés que sont les réseaux sociaux. Intitulé « le réseau social, nouveau doudou« , il explique que l’environnement fermé est rassurant, ce qui dans un monde quelque peu anxiogène suffirait à expliquer un tel phénomène de société qui, rappelons-le, n’a été prévu par aucun futurologue patenté.

Extraits :

Plus de 70% de personnes interrogées consultent leurs réseaux sociaux avant d’aller au lit et 18% twittent en pleine nuit.
« Nous sommes devenus une nation d’internet-holiques”. Cette dépendance viendrait du fait que Facebook satisfaisait parfaitement les besoins primaires que sont le besoin d’affection et de bien- être, et ce 24/7.

…Beaucoup se vivent alors comme une bonne mère qui jette un coup d’œil à la chambrée des enfants turbulents avant de se coucher. Le calme qui se répand sur les réseaux sociaux au fur et à mesure que la nuit s’avance les rassure et les calme à leur tour. Certains résistent au sommeil pour être le dernier à s’endormir : c’est-à-dire lorsqu’ils sont sûrs que rien de fâcheux ne s’est produit. Le réseau social peut aussi être utilisé comme un consolateur ou un briseur de soucis.

Le réseau social est une communauté. On sait que la vertu première d’une communauté est de rassurer ses membres par l’attention, l’empathie et l’entraide mais aussi de garder à bonne distance les non membres. A cet effet, il est surprenant que l’arrivée de la fonctionnalité messagerie dans Facebook ainsi capable d’exclure les communications hors de la communauté (donc les spams) n’ait pas été davantage commentée. Une innovation de Facebook que très peu de monde avait prévu.

Il existe un certain nombre d’espaces fermés. La prison en est un, le cocon en est un autre. A l’heure de s’interroger sur la raison qui pousse tant de monde à s’enfermer volontairement dans un réseau social, l’espace du cocon semble une explication plus convaincante. Ce qui n’empêche pas que certains intérêts puissants – ayant mieux compris que d’autres les enjeux du numérique – essaient, voire réussissent, à s’approprier nos cocons préférés pour les transformer en prison.

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