Les technologies numériques sauveront-elles l’école ?

Posté par Christophe Deshayes le 9 juin 2011 dans A la une, BONUS et ActualitésPas de commentaires

L’école est malade, pas seulement en France mais dans tous les pays occidentaux. Un problème qui ressort à l’évidence d’un problème de société. Avec l’avènement du numérique, la société a connu ces dernières années une véritable révolution en matière de diffusion des connaissances, de transformation du travail et des compétences ou encore d’évolution des attentes des citoyens pour ne citer que quelques éléments d’une liste impressionnante de changements majeurs. Cette révolution transforme profondément la société sans que l’on soit en mesure d’en prendre aujourd’hui toute la dimension.

Comment l’école chargée de préparer les jeunes à la société de demain pourrait-elle correctement remplir ce rôle alors que la compréhension collective des bouleversements en cours est tellement superficielle ?

Les fameux voyages d’étude aux USA, au Canada ou au Royaume-Uni pour trouver des recettes miracle, parfois surmédiatisés, ne sont rien d’autre que des leurres servant à placer des solutions toutes faites mais qui ne répondent en rien à la question posée.

Dans ce contexte, beaucoup misent sur l’utilisation des nouvelles technologies, en espérant trouver là un levier d’action qui contourne les questions fondamentales de société que l’on ne semble pas vouloir traiter.

Les expériences se multiplient, avec les résultats contrastés liés à toute période d’apprentissage. Pourtant, les politiques publiques semblent s’obstiner à préférer les projets matériels ambitieux et facilement affichables mais n’apportant souvent que peu ou pas d’amélioration, aux actions favorisant les usages et l’appropriation, actions nécessairement plus locales, moins coordonnées mais aussi moins budgétivores et démontrant, elles, une réelle efficacité. Il est vrai qu’elles ont l’inconvénient majeur d’être peu raccordées à des volontés et des calendriers politiques.
Dans un article paru en avril dernier dans la revue mensuelle de l’Association des anciens élèves de l’école polytechnique, La Jaune et la Rouge, Christophe Deshayes, président de documental (observatoire impertinent des technologies numériques), co-auteur de l’ouvrage Les vrais révolutionnaires du numérique, s’interrogeait sur les conditions d’intégration du numérique à l’école et ses réussites sans oublier de la situer dans le contexte d’une crise de société. Faut-il investir massivement dans des grands plans volontaristes d’équipement ? Faut-il préférer les expérimentations locales ? Quels résultats peut-on observer ? Les gains s’expriment-ils en matière d’adhésion des élèves, de résultats scolaires ? Toutes les technologies introduites connaissent-elles les mêmes résultats et difficultés ?

Crise de société ?

On l’aura compris, plutôt que de lorgner sur les politiques anglo-saxonnes volontaristes en matière d’investissements technologiques mais dont les résultats sont contestés dans ces mêmes pays, il pourrait être plus astucieux d’encourager les milliers d’initiatives qui fleurissent sur le terrain dans nos régions, dans notre culture. Car si l’enjeu est trop important pour le laisser aux seuls enseignants, ne pas miser sur le professionnalisme, l’enthousiasme et l’investissement de la grande majorité d’entre eux conduirait à l’échec. Un échec qui pourrait vraiment finir par avoir des répercussions considérables.

La crise des systèmes éducatifs est d’abord une crise de société, une crise dans laquelle les technologies jouent un rôle central en renforçant les problèmes mais également en apportant de nombreuses contributions potentielles : le poison et le médicament en quelque sorte. À nous d’en mesurer les enjeux, la puissance et les limites, et d’éviter les discours faciles et improductifs sur le prétendu immobilisme congénital de l’école.

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