Open data : Rennes ouvre ses données budgétaires, les USA, eux, ferment leur budget.

Posté par Christophe Deshayes le 15 avr 2011 dans Ville, innovation ouverte2 commentaires

Rennes est souvent citée comme l’une des villes françaises précurseurs en matière d’open data (mise à disposition de certaines données numériques brutes au grand public). Elle franchit aujourd’hui un pas supplémentaire qui constitue une première : elle rend accessible non plus seulement des données liées aux services aux citoyens telles que les activités culturelles ou touristiques mais aussi certaines données budgétaires de la ville, comme les investissements et marchés passés dans l’énergie, l’eau, la gestion des ordures ou encore les subventions apportées aux associations… des données qui peuvent intéresser tant les citoyens que le monde de l’entreprise.

Replaçons l’initiative de la ville de Rennes dans son contexte. La création en février 2011 par le gouvernement français de la mission ETALAB chargée de porter sur les fonds baptismaux le site data.gouv.fr d’ici la fin de l’année a fait entrer la France dans la liste – jusqu’ici très anglo-saxonne – des pays engagés dans la démocratie ouverte et qui, dans ce contexte, publient des données des systèmes d’information des services publics.
Coïncidence de calendrier, c’est exactement le moment choisi par le Sénat américain pour couper de 90% le budget de data.gov lequel pourrait passer de 34 à 2 millions de dollars. Autant parler de fermeture inévitable (cf. Le Monde du 4 avril 2011).
La France finirait-elle par imiter une initiative américaine déjà morte ?
En fait, les bisbilles budgétaires sont une manière aux USA pour l’opposition de régler ses comptes avec le Président. S’en prendre à ses sujets (projets ?) emblématiques, surtout lorsque cette attaque en règle vise un sujet peu compris du grand public est très politique. Il est peu probable que le Président Obama laisse un tel bénéfice à l’opposition conservatrice pour quelques 30 millions introuvables… Il n’en reste pas moins vrai que l’hypothèse Open Data reste très idéologique et en grande partie utopique. Son succès n’est absolument pas garanti à ce jour. Cela dit, quelques éléments semblent se confirmer :

-1- Le point clé de ce genre d’approche réside dans l’atteinte rapide d’une certaine taille critique. En effet, le bénéfice de l’ouverture relève en grande partie de la croyance. Il est très difficile de chiffrer de manière crédible les retombées de cette ouverture. Il est donc essentiel d’atteindre rapidement une taille critique où les organismes publics et privés se trouvent entraînés dans le mouvement puisque tous les autres y sont déjà. Cette taille critique est loin d’être atteinte aux USA, on mesure le chemin à parcourir pour la mission Etalab et les pionniers que sont les villes de Rennes et Paris

-2- L’idée selon laquelle les citoyens sont les premiers bénéficiaires et les premiers utilisateurs de ces publications en masse est largement idéologique. On peut en effet raisonnablement penser que « monsieur tout le monde » ne va pas se lancer dans la création de mashups et d’applications mobiles à partir de ces données. Ce sont plutôt des start-up et autres initiatives privées qui devraient créer de nouveaux services (publics ?) privés. Une idée qui ne fait pas débat aux USA mais qui mériterait ici d’être discutée. Aimerait-on que la prétendue démocratie ouverte débouche en tout ou partie sur des services publics privatisés ?

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2 commentaires

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  1. Bonjour,

    Contrairement a ce qu’annonce ce billet de 2011 l’open data n’est pas mort aux USA, pas plus qu’en France.
    Besoin d’une MAJ :)

  2. Comme mise à jour de cet article de 2011, peut-être suggérez-vous l’idée de relayer l’information de la fermeture du site data.gov ?
    Reconnaissez que la fermeture du site américain data.gov n’est tout de même pas un excellent signe.
    Pour le reste, évidemment le mouvement open data ne saurait se réduire à data.gov. et on peut souhaiter, comme vous, que ce mouvement puisse prendre de l’ampleur. Observons tout de même que le sujet n’est pas très à la mode chez les politiques (où est-il dans la campagne présidentielle actuelle ?) ni chez les citoyens.
    C’est sans doute malheureux, on peut être d’accord.

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