Rencontres sur Internet : chauffe qui peut !

Posté par Christophe Deshayes le 10 sept 2010 dans A la une, BONUS et ActualitésPas de commentaires

Le Washington Post du 1er juin 2010 décrit l’arrivée d’un nouveau type de service numérique qui connaît une forte croissance : l’externalisation de la prise de contacts « sentimentaux ». Le marché ? Les millions de célibataires qui cherchent à rencontrer d’autres célibataires (et plus si affinité selon la formule consacrée) grâce aux plateformes de rencontre qui se sont multipliées sur Internet ces dernières années. Le service ? Faire faire par d’autres, et contre rémunération, le fastidieux travail de chasse au contact utile, les fameux « leads » selon la terminologie utilisée dans les centres d’appels spécialisés dans la recherche de contacts commerciaux. Le tarif ? Contre 600 $ par mois, les sociétés garantissent deux rendez-vous par mois, le service « executive » en garantissant lui cinq pour 1200 $.
L’enquête, menée auprès de collaborateurs de ces sociétés de services mais également auprès de plusieurs clients, révèle une clientèle à 80 % masculine et plutôt sur-occupée professionnellement. En fait, il ne s’agit pas de prendre des rendez-vous pour des gens qui ne sont pas capables d’en obtenir mais d’éviter à ceux qui y arrivent d’y passer un temps qu’ils n’ont pas. Fait remarquable de l’enquête, les professionnels du lead ne semblent pas rencontrer de grosses difficultés pour « entrer en contact ». Un peu d’esprit, un peu de distance, pas d’excès de compliment et hop l’affaire est engagée ! Certaines sociétés sont organisées entre les « générateurs » (de contact) et les « closers » (les preneurs de rendez-vous). Une optimisation du contact utile.
Autre argument utilisé par l’un des clients, la préservation de l’amour-propre. Pour un non-professionnel, dix contacts sont nécessaires pour conclure un rendez-vous. Or, pour générer ces dix contacts, ce sont quelque cent partenaires potentiels qu’il faut solliciter. Cela signifie que 90 % des partenaires sollicités, après consultation d’une fiche, dédaignent ou refusent le contact, une activité très dévalorisante pour l’image de soi, même quand on connaît et admet le principe du « jeu ». Sous-traiter cette activité fastidieuse et en partie dévalorisante tombe finalement sous le sens si l’on en croit les clients décomplexés. Certains avaient déjà eu l’idée par eux-mêmes de sous-traiter cette activité et avaient tenté de faire faire cette besogne par leur secrétaire. Mais le recours à des professionnels organisés semble au final plus pérenne.

On ne commentera pas la troublante facilité avec laquelle certains obtiennent des rendez-vous (un métier à l’évidence), pas plus que l’émergence de l’argent dans ces rencontres qui conduit inévitablement à en vouloir pour son argent. En effet, le numérique n’a rien inventé.
On soulignera en revanche que le numérique est utilisé pour organiser ou optimiser les rencontres physiques, une preuve de plus que les deux mondes ne s’opposent pas mais peuvent au contraire se nourrir l’un de l’autre. En comparaison avec les rencontres traditionnelles (fréquentation de lieux publics, de clubs, cercles d’amis…), les plateformes de rencontre en ligne permettent dans un temps donné, d’entrer en contact avec davantage de partenaires. Le choix est devenu considérable ! Mais revers de la médaille, cette activité reste chronophage, même sur le Net. Il était finalement prévisible que de nouveaux services numériques émergent pour optimiser les services numériques antérieurs. Les nouveaux services font émerger des services nouveaux : voilà un mouvement de création infini de richesses ?
La division du travail, la spécialisation, la sous-traitance, l’externalisation sont des tendances durables qui précèdent l’avènement du numérique mais qui en accélèrent et en renforcent le développement. Les nouveaux besoins, en s’éloignant des contingences traditionnelles (se nourrir, se vêtir, se loger) font apparaître des métiers nouveaux, nécessitant des compétences nouvelles et adressant une autre utilité sociale et économique. Le mouvement n’est pas nouveau. Il nous est même annoncé depuis longtemps. Mais la crise actuelle a vu fleurir les demandes de retour aux fondamentaux, à l’économie réelle, au travailler plus… un contresens historique ?

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