Travail collaboratif : la classe !

Posté par Christophe Deshayes le 28 nov 2009 dans A la une, EducationUn commentaire

Le 9 septembre 2009, un article du New York Times fait grand bruit. Il reprend une étude de SRI International, commandée par le ministère de l’Education aux USA, dont la conclusion est la suivante : « En moyenne, les élèves produisent de meilleures performances avec l’éducation en ligne qu’avec l’éducation scolaire traditionnelle » ! L’enquête repose sur de solides bases et du long terme : elle a été menée de 1996 à 2008 et croise quatre-vingt dix-neuf études quantitatives où la comparaison est établie entre un même contenu enseigné en ligne (59% de réussite) ou enseigné en classe (50% de réussite). Barbara Means, un des auteurs de ce rapport, souligne la petite bombe que constitue cette conclusion : « l’apprentissage en ligne aujourd’hui n’est pas seulement mieux que rien mais devient même meilleur que l’apprentissage en classe. ». En se penchant sur ce rapport on constate toutefois que l’amélioration des performances pour le panel « en ligne » ne devient réellement significative que ces toutes dernières années. Piste d’explication : les résultats sont meilleurs lorsque les enfants s’entraident et s’émulent les uns les autres. L’apparition ces dernières années de la messagerie instantanée et de tous les outils collaboratifs aurait ainsi démultiplié les performances éducatives des technologies d’enseignement à distance.

Les analystes à courte vue auront beau jeu, à la lecture de ces résultats, de prôner les bienfaits de l’éducation en ligne qui pourrait supplanter l’éducation présentielle traditionnelle. D’ailleurs en vue de la pandémie grippale, le ministère de l’Education Nationale a mis en place des cours en ligne, mais dans le cadre d’une simple transposition « en ligne » des cours traditionnels, en face desquels on doit évidemment se sentir bien seul.

Or, l’intérêt de cette étude réside justement dans la mise en évidence que ce sont les pratiques collaboratives (entraide, émulation…) et non la seule mise en ligne (interactivité, distance, personnalisation…) qui font la différence entre les types d’apprentissage. Sans l’apport du collaboratif, le passage du contenu traditionnel au contenu en ligne n’apporte guère d’amélioration. Ces nouvelles techniques, grâce auxquelles les enfants peuvent communiquer entre eux, s’entraider, dans un rythme différent, auraient enfin réussi à bousculer les pratiques éducatives.

On comprend ici la vraie nature de la révolution numérique : le collaboratif ! Un ensemble de pratiques sociales plus ou moins communautaires permises par les réseaux et renouvelées sans cesse par un jeu d’ajustements incessants qui rendent, de fait, les usages bien peu prévisibles.

Les cours en ligne ne signent donc pas la mort de l’enseignant comme ce fut redouté si longtemps par certains, mais au contraire une renaissance flamboyante de l’enseignant accompagnateur, à la manière mythique du « Cercle de poètes disparus » ?

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  1. Voilà une sacrée précision sur les apports du e-learning qu’on essaie de faire marcher depuis tant d’années. Super info.

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